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La diffusion de photos érotiques,
assez confidentielle au début du XXe siècle, s’intensifie après la
première guerre mondiale. Ce phénomène est porté d’une part par une
plus grande tolérance des autorités face à ce sujet, mais aussi par
le fort engouement pour la carte postale. Le tirage sur du véritable
papier photo a son prix, mais l’impression en offset sous forme de
cartes postales permet de diminuer fortement le coût de revient et
donc le prix de vente aux intéressés.
La photo érotique, que ce soit sous
forme de véritable tirage ou sous forme de carte postale, connait en
France son âge d’or dans les années 1920-1930 avec des millions
d’exemplaires vendus. L’essentiel de la production concerne des
photos de nus érotiques classiques, mais on assiste aussi à un
développement à moindre échelle dans d’autres directions. Ainsi
certains photographes cherchent à donner des lettres de noblesse à
la photo érotique en travaillant dans une direction plus artistique
ou conceptuelle, essayant de se profiler comme artistes. Dans cet
univers, l’histoire retient des noms comme Brassai ou Man Ray, qui
aujourd’hui ont leur place dans les musées, et dont les tirages
originaux d’époque s’échangent maintenant à prix d’or.
Parmi les tâcherons dont personne
n’a retenu le nom, on trouve le Studio Biederer à Paris. Ce studio a
toujours été très discret sur son identité et on ne sait pas
grand-chose sur les auteurs. Et pourtant, dans l’anonymat, loin de
l’œil inquisiteur de la censure, Studio Biederer a produit dans les
années 1920-1930 des milliers de photos, largement diffusées auprès
du public initié. Je suis personnellement un grand fan de ces
images, qui allient avec talent simplicité, précision et érotisme,
avec juste une légère touche artistique et parfois même une touche
humoristique. Ce qui frappe avant tout avec les photos de Studio
Biederer, c’est l’acribie avec laquelle ces gens-là ont exploré les
recoins des fantasmes humains. Bien entendu beaucoup de photos de
Biederer sont des nus classiques, mais ce qui nous intéresse ici,
c’est avant tout les très nombreuses images fetish-SM, qui au fil
des shootings ont amené les photographes à s’intéresser à toutes les
constellations possibles, exception faite peut-être du
travestissement.
Femdom, maledom, soumises,
dominatrices, lesbiennes, ménage à trois… Tous ces fantasmes ne
choquent plus vraiment la population actuelle, tant que les photos
sont clean et non explicites. Mais 80 ans en arrière, tout cela
avait un parfum d’interdit. Bref des images visionnaires, très en
avance sur ce que vendaient d’autres photographes et très osées par
rapport à ce qui se faisait dans d’autres pays. Dans les pays
anglo-saxons on parlait à cette époque de « french risqué postcards »
avec un émerveillement sans pareille pour ces frenchies qui osent
sonder les fantasmes fetish-SM inavouables.
Les pages suivantes présentent un
tour d’horizon du travail de Biederer, mettant en évidence
l’incroyable diversité des scénarios explorés. |