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Le Studio Biederer est l’œuvre des
frères Jacques et Charles Biederer, deux immigrés tchèques qui
s’installent à Paris peu avant la première guerre mondiale. Les deux
frères se font immatriculer officiellement comme photographes et on
peut présumer qu’ils ont tout d’abord cherché à gagner leur vie en
faisant des portraits généralistes. Cette activité est toutefois
pratiquement inconnue, car les photos faites à la demande de privés,
ne sont bien évidemment pas diffusées dans le grand public. Dès le
milieu des années 1920, le logo Studio Biederer Paris disparaît de
la perception générale et fait place à de nombreux pseudonymes et
autres logos mystérieux. Ainsi on trouve des photos griffées « J.B. »
(pour Jacques Biederer), mais aussi simplement « B ». Bien plus
nombreuses sont les images avec le mystérieux « B surmonté d’un
accent circonflexe » ou l’énigmatique « point d’interrogation au
centre d’un triangle ».
Les frères Biederer ont semble-t-il
négligé la diffusion de photos en véritable tirage pour privilégier
le « produit de masse ». Ainsi, ils ont fourni des photos à tous les
grands éditeurs de cartes postales comme PC Paris, Super
ou Lip Service (pour n’en citer que quelques uns), ces
derniers assurant l’impression en grandes quantités. Au vu des très
nombreuses images existantes et attribuables à Biederer, on peut
parler d’un véritable travail à la chaîne, une folle course dans
toutes les directions pour satisfaire tous les fantasmes les plus
secrets des acheteurs. Il est clair que tout ce travail n’a pas été
fait pour la gloire mais pour gagner de l’argent. Et pourtant, dans
chacune de ces images transparaît une certaine bienveillance pour
les appétits des acheteurs, une certaine complicité pour les
fantasmes les plus divers. On peut noter aussi que la plupart des
modèles qui ont posé pour les photos, n’étaient pas des modèles pro
en quête de gloire ou de glamour, ou intéressées d’extérioriser
leurs propres fantasmes, mais des filles issues du milieu de la
prostitution. Et pourtant, les photos de Biederer ont toujours su
rester à l’écart de la noirceur ou du côté avilissant du milieu.
Bien au contraire : dans beaucoup de photos transparaît une certaine
sérénité et on a souvent l’impression que les shootings ont été
faits dans la décontraction et la bonne humeur.
Mis à part la vente de photos et
cartes postales, Biederer a également fourni des photos pour
illustrer des livres érotiques. On trouve ainsi
« L’ardente tutelle » de Jim Galding, livre publié par les
Editions du Couvre-Feau vers 1934. Biederer a également
contribué des photos pour d’autres livres du même éditeur, entre
autres « Les délicieux caprices d’une jolie dominatrice » paru vers
1935 et dont l’édition originale ne comprenait que 300 exemplaires.
A la fin des années 1930, les deux
frères créent leur propre structure sous le nom Editions Ostra,
un logo peu fréquent sous lequel ont été distribués des albums de
photos thématiques. L’activité de Biederer s’arrête au début des
années 1940 sous l’occupation allemande.
D’après les recherches d’Alexandre
Depouy pour son livre « Les Editions Ostra » (Astarté Paris, 2007),
les frères Biederer, d’origine juive, ont connu une fin
tragique dans un camp de concentration. |