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La seconde guerre mondiale met provisoirement un terme à la carrière
de dessinateur et Willie se retrouve engagé dans la marine
militaire. Après la guerre, Willie décide d’émigrer aux USA, un pays
dans lequel la scène fetish-SM fait ses premiers pas sérieux et qui
est donc porteur pour les ambitions de notre homme. En 1946 Willie
lance son propre magazine Bizarre, une petite revue en format
A5 qui paraîtra jusqu’en 1959. Pour ce titre, Willie est le
rédacteur en chef qui écrit de nombreux articles, et c’est lui aussi
qui est à l’origine des nombreux croquis et dessins érotiques.
Enfin, beaucoup des photos des premiers numéros sont également de
Willie et représentent souvent sa femme Holly.
Le magazine Bizarre est bien sûr très connu et unique en son
genre. Depuis les années 30 les magazines érotiques généralistes se
développent certes aux USA et en Europe, mais essentiellement dans
une optique pin up. Les thèmes tels que le fétichisme, le bondage et
le sadomasochisme sous passés sous silence, avant tout par peur de
la censure. Aujourd’hui tout cela a perdu une bonne partie de son
parfum d’interdit et il est même très tendance de mettre un peu de fetish dans les créations de haute couture ou dans la publicité pour
attirer l’attention. Dans les années 40 toutefois, les autorités
sont très pointilleuses sur tous ces sujets. Le magazine Bizarre
est donc un des premiers titres à regrouper sous un même toit tous
les fantasmes érotiques qui sortent de l’ordinaire. Willie est
conscient que ces activités sont à la limite de la légalité et bien
qu’habitant New York, le magazine Bizarre affiche une adresse
domiciliée à Montréal au Canada. Une boite postale, rien de plus,
histoire de brouiller un peu les pistes!
Dans le
numéro 2 du magazine (1946), Willie décrit dans un éditorial les
principes de sa publication:
« Bizarre est, comme son nom l’indique, bizarre !
Cela n’a ni rime ni raison, ni de sens particulier, mais caractérise
ce sens de la liberté pour lequel nous nous sommes battus (soit dit
en passant, que l’équipe rédactionnelle au grand complet s’est
portée volontaire pour prendre du service en 1939). Nous
revendiquons la liberté de dire ce dont nous avons envie, de porter
ce que nous aimons et de prendre du bon temps comme bon nous semble.
Nous espérons que ces pages, destinées à être un moyen
d’extérioriser vos émotions, seront un bon antidote contre les
craintes et les problèmes qui sont les séquelles de cette guerre. » |