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Le caoutchouc dans la chaussure (Page 2)

 

Peu après (et d’actualité jusque dans les années 1940), apparaît la mode des galoches (galoshes en anglais) en caoutchouc, qui désigne une pièce souple destinée à être placée au-dessus d’une chaussure pour protéger celle-ci de l’eau. Très rapidement le produit se dote également d’une semelle, de manière à ce que la galoche enveloppe toute la chaussure.

Partant de là, l’industrie a également mis au point des chaussures de caoutchouc plus robustes, destinées à être portées seules. Toutes sortes de combinaisons ont trouvé leur voie vers les étalages, comme des chaussures entièrement en caoutchouc, mais aussi des modèles composites avec un intérieur en lin ou en coton pour plus de confort.

Dans ses mémoires « Personal narrative of the origin and progress of the caoutchouc or india-rubber manufacture in England » (paru en 1857), le pionnier anglais Thomas Hancock se souvient de l’épopée des premières chaussures :
« Nous avons commencé à faire des chaussures avec des pièces découpées dans des feuilles de caoutchouc. Je pense que ce devait être en 1825 ou 1826, mais uniquement en toutes petites quantités jusqu’en 1828 ou 1830.
Elles étaient fabriquées en pliant une feuille de caoutchouc et en y découpant une pièce de matière, afin d’en faire un « dessus ». Cette dernière était placée sur un patron en bois et cousue pour en faire une chaussure. Après cela, on collait une semelle en caoutchouc découpée à la bonne taille avec une solution de latex liquide. Les chaussures étaient souvent doublées avec du tissu ou du cuir. »

Les chaussures en caoutchouc ont disparu de nos jours de la mode courante, mais on trouve toujours toutes sortes de dérivés, comme les sandales de plage ou les sabots de jardin. Ce qui ferme par ailleurs le cercle linguistique, car le mot galoche en France a une tradition bien plus ancienne, et désignait à l’origine des sabots avec une semelle en bois, sur laquelle se greffe un dessus en cuir.

 

BOSTON RUBBER en 1895: toute une collection de galoches

 

Dans ses mémoires, Hancock revient sur ses souvenirs de l’année 1847. (Nota: A l’époque, son usine avait déjà fusionné avec celle de Macintosh):

« Nous n’avions pas fabriqué beaucoup de galoches en caoutchouc vulcanisé et nous n’accordions pas beaucoup d’importance à ce produit. Je dois avouer que je n’étais pas très chaud pour ce produit, en tout cas beaucoup moins que mes partenaires. J’avais toujours à l’esprit le problème de la transpiration qui ne peut s’échapper des chaussures  et j’ai toujours trouvé désagréable de porter des chaussures en caoutchouc. Mon jugement a toutefois été mis en défaut par les consommateurs et les chaussures en caoutchouc ont été un immense succès.
Nous avons vendu une licence de fabrication et conclu un accord de distribution avec la HAYWARD RUBBER COMPANY (aux Etats-Unis) pour une somme modérée, ce qui nous permet également de commercialiser des galoches d’importation américaine.
Nos propres chaussures étaient entièrement faites en caoutchouc vulcanisé, fabriquées avec soin et aux formes agréables. Elles étaient supérieures aux produits américains, plus légères et plus élastiques. Mais elles ne brillaient pas beaucoup. Même si beaucoup de gens les appréciaient, les clients avaient généralement une préférence pour les modèles bien brillants. Ces derniers contenaient une bonne proportion de plomb et d’autres matières, ainsi qu’un vernis ou enduit, dont chaque fabriquant gardait jalousement le secret. »


 

 

RUSSIAN-AMERICAN RUBBER COMPANY: Histoire de riches à gauche, histoire de pauvres à droite.
A noter que la grande masse des paysans russes portait encore à l'époque
des
« chaussures » bricolées maison, faites avec des bandelettes de toile.
Il y avait donc un formidable potentiel de pieds à chausser correctement .

 

Je ne peux m’empêcher de placer ici une petite histoire, que je trouve très intéressante d’un point de vue historique.

Les relations entre les Etats-Unis et la Russie se sont détendues depuis la fin des années 1980, mais l’époque de la guerre froide entre les deux pays, reste très présente dans les mémoires. Celle-ci trouve bien sûr son origine dans le basculement de la Russie vers le communisme en 1917.

Mais retour en arrière… Au début du XIXe siècle, il n’y a pratiquement pas de relations du tout entre les deux pays, c’est encore l’époque du protectionnisme et de l’autosuffisance, ou chaque pays essaye de subvenir à ses propres besoins. Vers 1840-1850, la Russie prend conscience du fait qu’elle est fortement à la traîne en termes de révolution industrielle. Le gouvernement US trouve lui, qu’il est grand temps de s’ouvrir au monde extérieur et d’aller chercher ailleurs quelques points de croissance supplémentaires. Les deux pays signent des accords de coopération pour toute sorte de projets industriels. En 1860 sera par exemple fondée la RUSSIAN-AMERICAN RUBBER COMPANY destinée à développer l’industrie du caoutchouc en Russie en bénéficiant du savoir faire des américains. Qui aurait crû que les deux frères ennemis pouvaient faire chose commune ?

Toujours est-il que cette société connaît un grand succès, en particulier dans la fabrication de semelles et galoches. Elle implose en 1917 alors que la révolution russe nationalise toutes les sociétés. Les produits phares réapparaîtront toutefois sous des marques comme « Triangle » ou « Rezinotrest » jusque dans les années 30.

 

 

 


Ce que les américains peuvent faire, les français le peuvent aussi. Avec des capitaux français
 est créée en 1888 en Russie la société PROWODNIK, spécialisée dans "la production d'articles
de caoutchouc, de gutta-percha et de télégraphie".
 

Noter que les personnages ont des uniformes militaires de différents pays européens.
La chaussure serait-elle donc un facteur d'intégration?
 

 

Après la révolution russe, la marque TRIANGLE poursuit la conquête du marché.
 

 

REZINOTREST: encore plein de galoches à vendre dans les années 1923-1926

 

GOODRICH (USA): Un produit courant jusque dans les années 50
 

 

BATA: naissance d'une marque suisse (annonces 1929 et 1949)

 

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