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L'histoire commence au début des années 1930 lorsque Charles Guyette
ouvre à New York une boutique de vente de lingerie sexy. A cette
époque les dames portent encore généralement des dessous amples et
très couvrants. Dans les cabarets et leurs shows de striptease, les
dessous plus coquins et plus osés attirent les regards. Comme ces
produits sont encore rares à trouver sur le marché, Guyette
rencontre un succès certain avec sa boutique. Les micro-slips qui ne
couvrent plus grand chose sont connus aux Etats-Unis sous le terme
G-string et bientôt on surnommera Guyette, le king of G-string.
Dans les années
30 on ne parlait pas encore de magasin de lingerie érotique et
encore moins de sex shop. Pour ne pas trop attirer les regards de
personnes non désirées, on parlait souvent de "costumes"! Toujours
est-il que le bouche-à-oreille et quelques annonces discrètes dans
la presse ne manquent pas d'attirer les intéressé(e)s, aux USA
bien-sûr, mais aussi en Europe. La boutique étend son champ d'action
par une activité de vente par correspondance.
Dans le contexte
d'une scène fetish naissante très clairsemée, les boutiques
spécialisées se comptent sur les doigts de la main dans le monde. En
Europe, seules quelques capitales comme Londres, Paris ou Berlin
voient pointer ce phénomène. Pour Guyette, son commerce intègre peu
à peu d'autres articles venus des USA ou d'Europe, comme les bottes,
les cuissardes et les premiers articles de restreinte, notamment
corsets, harnais et gags. On dit même que le commerce a vendu les
toutes premières cagoules en latex, faites artisanalement. Je n'en
ai toutefois jamais vues, ni en vrai, ni en photo.
Guyette se lance
également dans la photo en produisant ses propres shootings, mais
aussi en fédérant autour de lui de nombreux photographes amateurs.
Comme pour d'autres à l'époque, les photos se vendent à l'unité ou
sous formes de sets. L'imagerie BDSM n'est certes pas nouvelle,
puisqu'elle a fait son apparition avec l'invention de la photo, mais
Guyette va parfois beaucoup plus loin, avec par exemple des images
BDSM hard ou les toutes premières scènes de torture aux appareils
électro-stimulants. Peu à peu Guyette fédère autour de lui toute une
scène underground de personnes intéressées par le fetish et le BDSM:
c'est le début de la contre-culture américaine.
A cette époque
il est interdit par la loi d'envoyer par la poste des photos ou
articles obscènes (le fameux "obscenity act"). Et c'est justement ce
que fait Guyette. Il se fait épingler en 1935 et sera condamné à 1
an de prison ferme. A sa sortie, l'homme poursuit néanmoins son
chemin et restera actif jusque dans les années 50, même s'il y va de
manière plus modérée. Il fournira par exemple des photos à d'autres
activistes comme Willie, Klaw ou Burtman.
Après les années
50 Guyette se retire du commerce "érotique" et se consacre à la
photographie de nature et ouvre un magasin de vente d'animaux
exotiques.
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