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Macintosh: le roi de l'imperméable

 

L’écossais Charles Macintosh (1766-1843) s’est intéressé très tôt à la chimie et a commencé tout naturellement sa carrière professionnelle dans l’affaire de son père, qui avait une petite manufacture de colorants à Glasgow. Au cours de sa vie Macintosh fera d’ailleurs plusieurs inventions concernant des colorants.

Au début du XIXe siècle, la matière première caoutchouc arrive en force en Angleterre et une multitude de chercheurs s’intéressent à ce produit, fascinés par ses propriétés particulières. En 1820 Charles Hancock ouvre à Manchester la première usine anglaise de caoutchouc et plusieurs de ses inventions ouvriront la voie à une utilisation industrielle de cette nouvelle matière première.

 

L'inventeur Charles Macintosh
 

A cette époque, l’éclairage était encore essentiellement basé sur des bougies et des lampes à huile. Ces produits étaient chers et le rendement en termes d’éclairage était faible. L’invention du gaz d’éclairage était en train de supplanter rapidement les méthodes anciennes. Le gaz d’éclairage s’obtenait par distillation de charbon, un procédé générant plusieurs sous-produits, dont la coke (utilisée pour le chauffage) et le naphte, un résidu dont on ne savait trop quoi faire. Macintosh travaille à l’époque dans l’usine chimique de son père et nécessite de grandes quantités d’ammoniaque pour sa production. Il découvre alors que le naphte dont personne ne veut, contient justement une proportion importante d’ammoniaque. Rapidement il signe un contrat avec l’usine à gaz de Glasgow en leur rachetant à bas prix leurs résidus de distillation. Macintosh se trouve toutefois confronté à un nouveau problème. Après avoir extrait l’ammoniaque du naphte, il reste un nouveau résidu pour lequel aucune utilisation n’est connue.

A force d’expérimenter, Macintosh découvre que le naphte est un bon solvant pour le caoutchouc et que le mélange des deux produits donne une solution pouvant être utilisée industriellement. De là naît l’idée d’imprégner du tissu avec cette solution. Au contact de l’air le solvant s’évapore au bout de quelque temps, laissant un tissu caoutchouté, imperméable à l’eau.

L’idée de fabriquer des tissus caoutchoutés est en fait antérieure et a fait son apparition à la fin du XVIIIe siècle, mais aucun des chercheurs n’avait réussi à dompter véritablement le caoutchouc et à mettre au point un procédé industriel. En 1824 Macintosh est donc le premier à patenter un tissu caoutchouté et son application pratique dans la fabrication d’un manteau de pluie.
 


Les premiers impers (1877): un design perfectible.

 

De nos jours c’est avec admiration qu’on cite le nom de Macintosh et son invention qui allait révolutionner l’industrie du vêtement. En réalité, les débuts sont très modestes. A l’origine, le tissu Macintosh était composé d’une couche de textile enduite à la brosse de solution caoutchoutée et recouverte d’une seconde couche de tissu, le caoutchouc jouant donc le rôle de « colle ».

Macintosh avait inventé un tissu complètement nouveau, à la fois résistant et imperméable. Dans un premier temps l’inventeur quitte la société de son père et fonde lui-même une nouvelle firme dédiée à la l’industrie du caoutchouc. Sa société ne fabrique tout d’abord que du tissu caoutchouté qu’elle revend en rouleaux à des tailleurs. Tout le monde est d’accord sur le principe génial de l’invention, mais les affaires ne marchent pas très fort. En effet le tissu double est très lourd, difficile à travailler et très irrégulier compte tenu du mode de fabrication artisanal. En théorie imperméable, les premiers clients constatent toutefois que l’eau de pluie à tendance à pénétrer par les coutures. Par ailleurs le matériau utilisé est très instable : par temps froid il raidit rendant le port du manteau désagréable. Par temps chaud au contraire, le caoutchouc ramollit et fond même par endroits ruinant par la même occasion le manteau. Le tissu a également la fâcheuse propriété de dégager une odeur très forte, due à la fois à l’instabilité moléculaire du caoutchouc employé à l’époque, et à l’odeur acre du naphte. On raconte que parmi les premiers acheteurs, nombreux sont ceux qui rapportent leur manteau en demandant le remboursement. La société Macintosh apposera par la suite une étiquette sur les manteaux finis, qui prévient des « dangers » de les placer près d’une source de chaleur !

Dans les années qui suivent, Macintosh s’attelle à améliorer son tissu et à en réduire les imperfections notoires. Il annonce régulièrement de nouvelles inventions. Il est confronté à maintes reprises à son concurrent Hancock, lui aussi avide chercheur. Les deux hommes se trainent mutuellement devant les tribunaux, chacun cherchant à démontrer que l’autre lui a volé ses secrets de fabrication. La lutte fratricide culmine lorsque Hancock met au point son propre procédé de tissu caoutchouté, basé à l’origine sur le brevet de Macintosh, mais dont la qualité finale est supérieure. Dans les faits, Hancock avait réduit la quantité de naphte dans la solution et rajouté d’autres additifs et solvants comme la térébenthine. Il avait également mis au point une machine permettant de fabriquer une solution mieux dosée, de qualité constante.

A la longue les querelles de clocher s’émoussent et les deux hommes décident d’enterrer la hache de guerre pour devenir partenaires. En 1834 les usines de Macintosh et Hancock fusionnent pour donner naissance à la société Charles Macintosh &Co. Les deux hommes partagent la direction de l’entreprise et mettent en commun leurs inventions.

La belle histoire semble prendre fin en 1838, lorsque l’usine principale de Manchester est la proie des flammes. On peut imaginer l’ampleur du désastre en sachant que le naphte et la térébenthine sont hautement inflammables et que le caoutchouc lui-même brûle en dégageant une dense fumée noire. Loin d’être découragés, les deux hommes reconstruisent leur usine en un temps record et profitent de l’occasion pour voir beaucoup plus grand et surtout pour mieux planifier le processus de fabrication.

Charles Macintosh reste attaché à son imperméable. D’abord fabriqué artisanalement, le tissu caoutchouté est maintenant fabriqué industriellement, le tissu passant dans une presse à cylindres, ce qui a l’avantage de mieux coller les deux couches de tissu entre elles et de rendre le produit fini plus fin et plus lisse. L’essentiel des ventes de l’époque est destiné à l’équipement de l’armée et trouve des preneurs parmi les pêcheurs, bref deux catégories professionnelles qui sont souvent amenées à passer des heures sous la pluie. Les ventes aux particuliers sont toutefois décevantes, car les tailleurs restent réservés. Macintosh décide de se lancer lui-même dans la fabrication de vêtements de pluie. Il ouvre une boutique de vente à Londres, ce qui lui permet de se rapprocher du consommateur final. Par la suite, la capitale verra même l’ouverture d’une seconde boutique.
 


Déjà le plagiat

Une publicité de 1840 pour les boutiques de Londres qui met en garde les clients de
l'existence de contrefaçons.

(texte) Charles Macintosh & Co. ont pris connaissance que des contrefaçons ont été vendues sous la dénomination de « tissus Macintosh améliorés ». Il est de notre dû d'informer le public et de noter en notre propre intérêt que seuls les produits portant l'estampille C.Macintosh & Co avec les armes royales sur l'étiquette sont des originaux. Aucun produit n'est vendu sans cette étiquette.

 

En 1839 l’américain Charles Goodyear invente la vulcanisation, un procédé industriel qui mélange caoutchouc naturel et souffre, les deux composants formant une réaction chimique à forte température. Il en résulte un produit qui reste élastique et imperméable, mais qui est maintenant stable. Autrement dit, il ramollit très légèrement à la chaleur, mais ne fond pas et reprend sa forme originale dès qu’il refroidit. Cette invention est primordiale pour l’essor de l’industrie du caoutchouc. 

Conscient de l’importance de son invention, Goodyear cherche à vendre des licences à d’autres industriels et en particulier à la société de Macintosh-Hancock, leader incontesté sur le marché anglais. Les deux hommes refusent toutefois, car le prix demandé leur apparait trop élevé. Dans les faits, les descriptions du procédé de Goodyear et les échantillons reçus incitent Thomas Hancock à se lancer lui-même dans de nouvelles recherches qui le conduiront en 1843 à patenter son propre procédé de vulcanisation.

Dans les années qui suivent, la société Macintosh connait une très forte croissance. Les imperméables en caoutchouc vulcanisé sont maintenant de meilleure qualité et connaissent un grand succès, ils s’exportent vers d’autres pays et l’usine de Macintosh vend également des licences de fabrication à d’autres industriels. Officiellement la société vend son produit sous la dénomination « water-proof double texture », un nom complexe peu apprécié du grand public. Le manteau classique est bientôt connu de tous et le mot « mackintosh » (avec un k) entre dans le langage commun. Dans les pays anglo-saxons on parle aujourd’hui encore de « rubber mac » ou « mac » tout court. Certes un honneur pour l’inventeur, mais pas vraiment favorable pour la marque. En fait, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le « vrai » Macintosh est de plus en plus supplanté par de nombreuses autres marques qui fabriquent des produits similaires.



L'usine Macintosh de Manchester à la meilleure époque

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Publié le 22.03.2008