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N.A. Burton: Pussy Cat magazine

 


Au début des années 60, le marché du fétichisme est encore très underground, très fragmenté et sans véritable scène. Il y a certes déjà des passionnés, en particulier au Royaume Uni, en Allemagne et dans les pays scandinaves. Les ancêtres des magazines fétichistes (comme Bizarre ou Exotique) ont fait leur apparition aux USA dans les années 50, mais étrangement l’Europe est terre vierge dans les années 60. Les seules publications existantes sont en fait des titres sporadiques, très amateurs, souvent produits dans des arrière-boutiques sordides en Suède ou au Danemark.

En 1964 paraît la première édition d’un nouveau magazine fétichiste appelé Pussy Cat, dont l’histoire est aujourd’hui un peu oubliée. En fait, alors que des titres comme Bizarre ou Atomage ont été élevés à un statut de culte, Pussy Cat est - et a toujours été - considéré comme le parent pauvre de l’histoire du fétichisme. Cela étant dit, je trouve le cursus de ce titre hautement intéressant, car il accompagne parfaitement l’éclosion, le développement et les revers de la scène fetish.

Dès l’origine Pussy Cat se définit comme un intégrateur de ruisselets diffus. Le magazine est fait par une toute petite équipe d’amateurs sous la direction de N.A.Burton, il n’y a pas beaucoup d’argent et les premières photos ne sont pas très pro non plus. Il n’y a pas beaucoup de texte rédactionnel, mais très rapidement une foule de lecteurs trouve dans tout ça une brindille à laquelle s’accrocher, un vecteur qui prend (enfin) en compte leurs passions.

Après le test du numéro initial, Burton créé sa propre société DDD Publications qui sera le point d’ancrage du magazine Pussy Cat. Au fil des ans se grefferont de nombreuses autres activités. Ainsi la société vend aussi des sets de photos sur véritable papier photo, elle édite des numéros spéciaux et des livres fetish-SM et se lance dans la distribution de vêtements en latex. A l’inverse de sociétés comme Atomage ou Kunzman en Allemagne qui fabriquent leurs propres tenues, Pussy Cat se contente de distribuer des tenues fabriquées au Danemark ou par la société anglaise Vivienne of Mayfair.

Aux yeux du lecteur, Pussy Cat est et reste un petit magazine semi-pro avec une importante partie dédiée au courrier du lecteur et aux photos envoyées par ces-derniers. Néanmoins derrière tout ça se développe une nébuleuse de contacts et de participations avec d’autres acteurs. Ainsi apparaît une société Mirage Publications éditant des livres fétichistes, une entité Mirage Films commercialisant des films fetish et les deux étant – comme par miracle – domiciliées à la même adresse que Pussy Cat !

Note personnelle : si j’aime bien jouer au détective, c’est parce que ce genre de détails m’amuse beaucoup. Dans la scène fetish (ou érotique en général) on a de tous temps cherché à donner au consommateur des produits adaptés à la demande, tout en essayant de contourner les barrières administratives et les restrictions. Et enfin - au-delà de toute passion – un business est un business et se doit d’être rentable. Le comble dans tout ça ? Aujourd’hui encore, 50 ans plus tard, absolument rien n’a changé dans la manière de faire, toujours le même équilibre imparfait entre underground et visibilité au grand jour. Toujours le même brouillard entre passion et business.

 

 

Pussy Cat n°1 (1964)

Entre rubber et cuir, entre tenue fashion
et tenue très fetish, l'essentiel des fantasmes
du fétichiste est déjà acquis. Il ne reste plus qu'à
développer et approfondir cette nouvelle tendance.

 

Pussy Cat n°2 (non daté, mais paru vers 1965)
Des débuts très modestes: 44 pages en format A5, un mini rédactionnel d'une demi page, quelques
publicités et 40 pages de photos, dont seulement 10% de fetish; le reste étant des nus classiques.
 

 

 

 

Les numéros des années 60 ne sont pas 100% fétichistes. On y trouve encore beaucoup de photos
érotiques classiques. Manque de modèles fetish? Manque de clientèle fetish? L'éditeur voulait-il simplement
s'assurer de toucher un public maximum? Nous n'aurons pas de réponses à ces questions, mais elles
contribuent à préserver le charme de toutes ces années vintage.

 

 

 

A la demande des lecteurs, les images de nus disparaissent peu à peu, remplacées avantageusement
par des scénarios fetish plus élaborés et des photos de plus en plus professionnelles.

 

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