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9 1/2 semaines

 
24/7 The Passion of life

 

Réalisation:   Roland Reber  (Allemagne 2005)

Acteurs:   Marina Anna Eich, Mira Gittner, Michael Burkhardt, Christoph Baumann

Genre:  Dramatique
 

 

Synopsis  ___________________________________________________________

Magdalena (Mira Gittner) se ballade en moto quand elle tombe en panne en rase campagne. Eva (Marina Anna Eich), fille d’un hôtelier, passe par hasard sur la même route et emmène l’autostoppeuse jusqu’au prochain garage. Rentrée chez elle, Eva retrouve dans sa voiture le sac-à-dos que la passagère a oublié. En ouvrant le sac, elle le trouve rempli de cravaches, pinces et autres articles de bondage et une carte de visite de la propriétaire qui la démasque comme Lady Maria, dominatrice pro.

Eva rechigne à se laisser enfermer dans une vie normale, à avoir un petit ami et à se préparer à reprendre la succession à la tête de l’hôtel de son père. Elle cherche en fait à trouver une étincelle qui pourrait enflammer sa vie intérieure. Elle décide de ramener son sac à Lady Maria et découvre un univers fetish-SM qu’elle ne connaît pas encore. Les deux femmes lient bientôt amitié et Eva choisit de libérer son ego, de vivre pleinement ses fantasmes sexuels. Chez Lady Mira elle découvre un monde caché, un cercle fermé de gens qui extériorisent leurs fantasmes et leurs appétits érotiques alternatifs avec l’aide de Lady Maria qui les aide à mettre en scène ces envies. Il y a la soubrette Elvira, homme de 80 ans, qui vit son fantasme de servir la maîtresse; ou le soumis en catsuit latex et masque de cochon qui fantasme de se déshumaniser. Enfin il y a aussi le soumis religieux pris entre ses pulsions et ses remords, qui cherche à retrouver les fondements du pécher originel. Lady Maria elle-même est une femme cultivée, qui prépare un doctorat sociologique dans la vie quotidienne, mais retrouve avec bonheur son donjon pour y cultiver ses pulsions avec ses clients.

Contre vents et marées, contre les conventions et la morale généralement admises, Eva devient également membre d’un club échangiste, cherchant à assouvir ses envies sexuelles sans s’encombrer d’une relation. Elle y rencontre Mike, un jeune homme qui lui propose de devenir son guide dans un voyage au pays des plaisirs charnels. Eva s’essaye aussi comme stripteaseuse, au grand dam de son entourage et découvre peu à peu qu’être dans le monde civil, n’est en fait que paraître aux yeux d’autrui. Ce n’est qu’en contournant la peur de soi-même, en libérant ses envies enfouies qu’on peut espérer trouver son véritable moi.


Commentaire  _______________________________________________________

Passion of life est un véritable film indépendant réalisé par une petite équipe, dans laquelle le metteur en scène et les acteurs contribuent au développement de l’œuvre, chacun occupant plusieurs fonctions (caméra, prise de son, montage…) afin de tirer le meilleur d’un budget serré. Le film est remarquable en de nombreux points. Tout d’abord, il aspire à un certain réalisme, un climat simple et authentique. Pas d’effets spéciaux, pas de décors opulents. Et pourtant le choix très judicieux de plans, de cadrages et un éclairage simple mais très étudié, permettent de donner à l’ensemble une unité poétique et romantique. Un film qui montre des appétits sexuels, sans jamais être explicite ou rentre dedans. Un film qui libère des fantasmes fétichistes et SM, sans jamais choquer ou montrer de gros plans sur des fesses rougies. Un film philosophique qui cherche à savoir où commencent le bien et le mal, où se situe la ligne qui démarque le normal du pervers.

Un film original, humain et humaniste, à la fois libertin et profond. Il est également à l’antipode de tous les clichés qui sont généralement colportés sur la scène fetish-SM. Dans les films de science-fiction modernes, on nous présente souvent des vampires ou des méchants en tenues fétichistes. Ici, le fétichiste est présenté comme un être fragile, mu par des passions intérieures qui ne demandent qu’à s’exprimer respectueusement en toute franchise.

Le monde des studios SM est généralement associé à un simple business, avec lequel des pros font de l’argent à la pelle, profitant de la naïveté ou de la fragilité de certains clients. Dans ce film, la dominatrice est au contraire portraite comme une « bonne fée » qui canalise les pulsions des clients et les aide dans leur quête de soi-même.

Enfin, on associe souvent la scène fetish-SM avec de grandes soirées animées, bruyantes, noyées de musique hard ou électro-gothic dans lesquelles se montrer ou paraître occupent le devant de la scène. Passion of life au contraire, est un film calme, avec une bande-son très mesurée, dans lequel il n’est pas question de montrer quelque chose à soi-même ou aux autres, mais de trouver l’épanouissement de soi. Contrairement à beaucoup de films modernes qui donnent la primeur aux scènes d’action et à l’effet de masse, Passion of life célèbre au contraire la simplicité et l’intimité, la plupart des plans ne mettant en scène que deux personnes. 

« Vivre pleinement l’érotisme, ce n’est pas le fait de s’essayer à toutes les positions possibles et imaginables. Ce qui importe, ce n’est pas la technique, mais la recherche de l’essence même. » Une des nombreuses maximes existentielles lancées dans le film et qui permettent encore de réfléchir bien après la fin de la projection. Un film étonnant, cérébral, visionnaire, courageux qui manque de justesse les 5 étoiles, car il s’effrite un peu sur la longueur et que la fin n’est pas tout à fait à la hauteur du corps du récit.
 

NOTE

EROTISME

FETISH

BDSM